Carte Blanche … à "Contact Images"
Deuxième projet "Carte Blanche ..."
à partir des mots des Bouilleurs, carte blanche a été donné aux photographes sur le thème "Peuples du monde".
Photographies:
Textes:
Le peuple de l'air
On devinait à peine leurs contours, si fins que le vent soufflant trop fort les aurait sans doute dissipés.
D'une apparence claire, très claire, trop claire, ils en étaient devenus lumineux.
Certains murmurent que ce peuple existe toujours et que de ce néant duquel il est né, il a gardé l'immatérialité.
Ceux-là, l'appellent le peuple des anges.
Nadia Dupont
Le cerisier et Olga
Elle lui avait dit : Je t’attendrai sous le cerisier en fleurs. Pietr n’est jamais venu. Elle a attendu. Mes fleurs se sont fanées et les pétales se sont évanouis au vent. Mes cerises rougissantes ont pris un goût d’amertume et de tristesse. Personne ne s’est fait de boucles d’oreilles au goût juteux de l’été que les amants décapitent à belles dents. Olga attendait encore. L’automne est venu et ses vents furibonds ont éteint tous les espoirs.
A l’hiver qui a suivi, glacial, indifférent, Olga s’est figée. Sous les congères qui s’amoncelaient, elle s’est recroquevillée, s’est statufiée en racine morte à mes pieds.
Cet hiver-là nous fut fatal.
Au printemps suivant, Pietr, qui s’était choisi une autre compagne, a pris sa tronçonneuse et nous a débité en bûches. Pour pouvoir réchauffer ses amours au prochain hiver.
Dominique Miffon
Photographie Julie Malod-Dognin
Gens du Nord
Le flot humanoïde coule, s’écoule sur les côtés, au centre, dans tous les sens, vire à gauche, à droite, à vitesse constante, ventre à dos, épaule contre épaule.
Il y en a partout, qui montent, qui descendent, vomis par les gueules des immeubles. Jaillis de nulle part, nourrissant inlassablement le flux, zigzagant, évitant, le regard perdu dans le lointain, absents, ils sont ensuite engloutis par les sous-sols.
Quelques uns, plantés là, sont assis, dos aux murs, main tendue, regard au ciel, implorants. D’autres sont en attente, immobiles, serrés au pied de piquets bleus, puis disparaissent dans le flot mécanique.
Sur les visages, le reflet des pensées. Dans les corps, une constante : marcher, marcher, marcher encore, bousculer parfois. Ils marchent tous, parfois certains courent, mais toujours le regard au loin, comme par dessus les autres. Les horloges les surveillent.
Parfois un sourire, rare, intériorisé vers la pensée qui l’a déclenché. La tristesse est immense, solitude.
Bernard Ducret
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