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Dimanche 11 juin 2006











Carte Blanche … à "Contact Images"


Deuxième projet  "Carte Blanche ..." 
à partir des mots des Bouilleurs, carte blanche a été donné aux photographes
sur le thème "Peuples du monde".


Photographies:

Erwan Bellard, André Dupont, Nadia Dupont, Eric Fournier, Sophie Girod, Julie Malod-Dognin, Thierry Moenne-Loccoz, Anne Plaisance.

Textes:  

Geneviève Biffiger, Raymonde Christin, Joël Danielian, Bernard Ducret, Donatella Du Pasquier, Nadia Dupont, Josie Gay, Françoise Hauviller, Evelyne Malod-Dognin, Dominique Miffon, Olivier Philippe.














Photographie André Dupont



Le peuple de l'air

 

Au commencement, bien avant l'homme, il y avait le néant.

Et de ce néant, étaient sortis des êtres, sortes d'ébauches inachevées d'un peuple primitif. Un peuple d'ombres et de lumières, vivant entre deux mondes, légers, diffus, flottants.

On devinait à peine leurs contours, si fins que le vent soufflant trop fort les aurait sans doute dissipés.

D'une apparence claire, très claire, trop claire, ils en étaient devenus lumineux.

Seule une ombre légère, un frôlement silencieux ou un doux halo de lumière trahissaient leur présence.

Certains murmurent que ce peuple existe toujours et que de ce néant duquel il est né, il a gardé l'immatérialité.

Ceux-là, l'appellent le peuple des anges.


Nadia Dupont


 




 


 

Photographie Nadia Dupont


 

Le cerisier et Olga

Elle lui avait dit :  Je t’attendrai sous le cerisier en fleurs. Pietr n’est jamais venu. Elle a attendu. Mes fleurs se sont fanées et les pétales se sont évanouis au vent. Mes cerises rougissantes ont pris un goût d’amertume et de tristesse. Personne ne s’est fait de boucles d’oreilles au goût juteux de l’été que les amants décapitent à belles dents. Olga attendait encore. L’automne est venu et ses vents furibonds ont éteint tous les espoirs.

A l’hiver qui a suivi, glacial, indifférent, Olga  s’est figée. Sous les congères qui s’amoncelaient, elle s’est recroquevillée, s’est statufiée en racine morte à mes pieds.

Cet hiver-là nous fut fatal.

Au printemps suivant, Pietr, qui s’était choisi une autre compagne, a pris sa tronçonneuse et nous a débité en bûches. Pour pouvoir réchauffer ses amours au prochain hiver.


Dominique Miffon











Photographie Julie Malod-Dognin


Gens du Nord

 

Des rayons de lumière blafarde tentent un passage entre les monstres de béton, allument une brume crasse. Ils modèlent les contours doux de la fourmilière du bas, noyée dans la poisse du matin.

 
Le flot humanoïde coule, s’écoule sur les côtés, au centre, dans tous les sens, vire à gauche, à droite, à vitesse constante, ventre à dos, épaule contre épaule.

Il y en a partout, qui montent, qui descendent, vomis par les gueules des immeubles. Jaillis de nulle part, nourrissant inlassablement le flux, zigzagant, évitant, le regard perdu dans le lointain, absents, ils sont ensuite engloutis par les sous-sols.

Quelques uns, plantés là, sont assis, dos aux murs, main tendue, regard au ciel, implorants. D’autres sont en attente, immobiles, serrés au pied de piquets bleus, puis disparaissent dans le flot mécanique.

Sur les visages, le reflet des pensées. Dans les corps, une constante : marcher, marcher, marcher encore, bousculer parfois. Ils marchent tous, parfois certains courent, mais toujours le regard au loin, comme par dessus les autres. Les horloges les surveillent.

 
Parfois un sourire, rare, intériorisé vers la pensée qui l’a déclenché. La tristesse est immense, solitude.


Bernard Ducret

 






 


 
Par Nad - Publié dans : projets textes et photos
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